lundi 24 août 2009

LE XX°S CHAPITRE 48 : LE "RETOUR" A LA FIGURATION

CHAPITRE 48 LE “RETOUR” A LA FIGURATION
Jacques ROUVEYROL


On a déjà vu revenir aux Etats Unis dans les années 60 avec le Pop Art puis l’Hyperréalisme, la figuration.

Elle revient en France à peu près en même temps avec la Nouvelle Figuration et la Figuration narrative.
Dans les années 1980, ce sera la Figuration libre. Puis, plus récemment, la Nouvelle peinture.


I. NOUVELLE FIGURATION ET FIGURATION NARRATIVE
La Nouvelle Figuration n’est pas vers 1964 un retour à la figuration en opposition à l’abstraction. Ce n’est pas une peinture qui vise à « imiter » la nature comme la figuration classique.

Elle est d’une certaine manière l’équivalent français du Pop Art américain par l’intérêt qu’elle porte à l’image médiatisée (pub, cinéma, bande dessinée) mais avec une dimension d’engagement politique absent du pop art et sans le recours à des procédés « mécaniques » utilisés dans le traitement de l’image aussi bien par les publicistes que par les pop-artistes.

Il ne s’agit pas d’un mouvement organisé. C’est une tendance au sein de laquelle un courant important trouve sa place : La Figuration narrative.

On y trouve quelque chose de l’hyperréalisme comme dans les œuvres de Jacques Monory (Meutre n°18, ci-dessous), La Terrasse, Iréna n°2, Antoine n°6)


Quelque chose du Pop Art, comme dans les œuvres de Bernard Rancillac (Le Meilleur Moment du GP 1967, Le Plaisir à trois 1969, ci-dessous) ou Hervé Télémaque (Petit célibataire un peu nègre et assez joyeux, One of 36000 marines 1965) ou encore Valerio Adami (Middle Class Interior 1966).



On travaille à partir d’images photographiques ou cinématographiques (Hollywood, d'après photo Warner Bros 1984-1985 de Rancillac, par exemple), de l’imagerie publicitaire (Jacques Monory Tout doit disparaître 2002), de la bande dessinée (Le retour de Mickey 1964, de Rancillac encore). Voire de la peinture classique : Henri Cueco Bethsabée montage de 15 éléments - acrylique sur toile - d'après Rembrandt 2005, ci-dessous.




Mais en détournant l’image de sa signification première, en lui faisant raconter une histoire. Par exemple, Terrasse I, de Jacques Monory consiste en un revolver installé sur un mécanisme dont le montage raconte les préparatifs d’un piège. One of 36000 marines dont un marine est le héros, raconte à son tour une histoire.



LES ARTISTES :

a. Valerio ADAMI 1935 - … (Le Gilet de Lénine 1972)




b. Jacques MONORY 1924 - … (Meurtre 10 1968)




c. Bernard RANCILLAC 1931 - … (L'entrée du diable à Panam-City (diptych) 1964)




d. Hervé TELEMAQUE 1967 - … (Escale 1964)


e. Henri CUECO 1929 - … (Marx, Freud et Mao 1969)




II. FIGURATION LIBRE

La Figuration libre apparaît dans les années 1980. Son inspiration : la « sous-culture » urbaine. BD, SF, Rock constituent ses références principales.
La démarche se veut « anti-culturelle » (en rupture avec l’intellectualisme des abstraits, minimalistes, conceptualistes, etc.)

1. Robert COMBAS 1957 - …

La peinture envahit la toile jusqu’à saturation (à l’opposé de l’idéal minimaliste). Ci-dessous : Magie Noire ou Magie Blanche 1983.


2. Hervé DI ROSA 1959 - … (Crash à 4 mains)



3. Remi BLANCHARD 1958 - 1993 (Sans titre 1986)



4. François BOISROND 1959 - … (Vue de l’Artiste sur les Vacances)


5. Encore qu’ils n’appartiennent pas à ce courant, on peut en rapprocher les Bad Painters (américains) comme :

a. Jean-Michel BASQUIAT 1960 – 1988 (Selfportrait 1982)


b. Keith HARING 1958 - 1990 (Untitled 1982)



c. Kenny SCHARF 1958 - … (Fun's Inside 1983)




III. LA NOUVELLE PEINTURE
La Nouvelle Peinture apparue à la fin du siècle joue dans tous les registres :

- celui de l’abstraction : Byron Kim, Lydia Dona, Stephen Ellis, Fabian Marcaccio

-Celui de la figuration :

1. John CURRIN 1962 - …

Les œuvres de Currin sont très souvent des citations d’œuvres classiques. Mais avec ce décalage qu’elle n’obéissent pas aux règles des genres qu’elles prétendent représenter. Honeymoon Nude 1998 renvoie à La Naissance de Vénus de Botticelli, Nude with Black Shoes 1994 à la Femme au Bull de Picabia, The Old Fence 1999 à Vénus et Cupidon de Cranach (ci-dessous).

Il y a incontestablement un maniérisme qui joue avec les déformations dues à la perspective (Nude on a Table 2001 New York, Coll Privée) et l’allongement des corps (Three Friends 1998, ci-dessous).



2. Karin KNEFFEL

Les œuvres de Kneffel ne sont pas sans rappeler les natures mortes hollandaises du XVII° siècle. Mais, là encore, la distance est sensible par rapport aux lois du genre. Ci-dessous, Apfel XIII.


3. Peter DOIG 1959 - …

La référence est dans 100 years ago 2001, l’une de ses œuvres les plus connues, romantique. Disproportion entre la Nature et l’Homme qui n’est pas sans rappeler Ludwig Richter Petit Etang dans les Monts des Géants
où l’on voit, figure dérisoire, dans un paysage désertique formé de montagnes dénudées entourant un petit lac aux eaux profondes sous un ciel gris chargé de nuages, un marcheur suivi de son chien.



Carrera (2002) n’est pas sans rappeler un tableau symboliste de Böcklin L'Ile des Morts 1883. Mais c’est à La Nuit étoilée de Van Gogh que fait penser Milkyway 1989-1990. Tandis que Reflection What does your soul look like 1996 renvoie au fauvisme, Purple Bra 2006 au réalisme de L’Origine du monde de Courbet et Lapeyrouse Wall 2004 à l’impressionnisme.

4. Gerhard RICHTER 1932 - … (Pommes). Une peinture toute en flou.


A côté des nouveaux modes d’expression artistiques, performances, installations, land art, body art, etc. la peinture, réputée finie après le Carré blanc sur Fond blanc de Malevitch, d’une part et de Fontaine de Duchamp, d’autre part, a retrouvé sa place dans l’univers de l’art.

Elle y revient moins avec l’abstraction qu’avec la figuration.

Toutefois, ce n’est plus la figuration de la peinture « classique » que l’hyperréalisme a évacuée pour toujours. C’est ce qu’on pourrait nommer paradoxalement : une figuration abstraite.

Un tableau de Warohl ne figure pas une boite de soupe Campbell, il s’en donne comme un équivalent dans l’imaginaire du consommateur.
Cette boite n’est pas un signe au sens de Matisse (voir cours de 2 eme année : Matisse et Picasso), elle est un signifiant. Elle n’appartient à aucun titre à la réalité matérielle. Elle est abstraite. Pop Art.
Une toile hyperréaliste de Richard Estes ne figure pas davantage une rue de Paris. Elle présente un reflet. Elle est l’image d’une image. Mieux, puisqu’elle part d’une photographie, elle est l’image de l’image d’une image.
Cette image est deux fois décollée du réel. Elle est deux fois abstraite. Hyperréalisme.
Une œuvre de Monory est déjà abstraite par son hyperréalisme, elle l’est encore par le dispositif de narration de l’histoire. Dans Meurtre n°18, par exemple, la violence du réel est éloignée par sa présentation improbable, d’ailleurs, au miroir. Abstraite. Figuration narrative.
Une toile (figurative) de Di Rosa ne figure en réalité rien du tout. La composition de ce Crash à 4 mains (voir plus haut) est parfaitement abstraite. On dira la même chose des oeuvres de Combas ou des Bad Painters comme Basquiat. Figuration libre.
La Nouvelle peinture, enfin, ne serait-ce que par le jeu des citations multiples aux œuvres classiques précisément figuratives, introduit une distance qui, à proprement parler dé-figure. E lle aussi est abstraite. Nouvelle peinture.

C’est donc à une peinture figurative dans un autre sens que la figuration classique qu’on a affaire. Et cela est normal puisque depuis l’Olympia de Manet il n’est tout simplement plus possible de faire de la peinture figurative.

Ce « retour » à la figuration se situe donc dans le prolongement de toute la réflexion (dans tous les sens du terme) sur l’art que l’art a entrepris d’être depuis la fin du XIX°s.
C’est cette réflexion que le postmodernisme auquel on a tort de rattacher quelquefois les différents courants dont nous venons de parler, va évacuer.


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1 commentaire:

  1. pourriez vous metre une analyse de l'oeuvre de henri cueco (marx freud mao) s'il vous plait?

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